Anneau de traite en ivoire, fin du 18e siècle – début du 19e siècle
Cet « anneau de traite » en ivoire récemment acquis par le musée d’histoire de Nantes est un rare témoin matériel des échanges ayant cours à Bonny, dans la région du nouveau Calabar, dans le cadre de la traite atlantique.
Ce territoire situé dans le Nigéria actuel prospère, sous la dynastie des Pepel au 18e siècle et au début du 19e siècle, par le commerce d’êtres humains destinés à être mis en esclavage. De nombreux navires français, et particulièrement nantais, ont traité à Bonny à cette époque.
Moins de 10 anneaux de traite en ivoire sont connus à ce jour. Chacun d’eux porte de simples inscriptions gravées, dans une qualité de graphie et de réalisation variable. Leur forme est de deux types : de section plate, comme ici, ou plus épaisse, comme un autre exemplaire déjà conservé au musée d’histoire de Nantes.

© Antoine Violleau, Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes
Au moment de l’acquisition, l’usage précis de ces objets suscite de nombreuses questions. S’agit-il de signes de reconnaissance, de cadeaux ou plutôt de gages, de promesses ou de reçus de vente ? Une certitude : ils témoignent des relations de confiance qui s’établissent entre les capitaines de navires et les commissionnaires africains, donnant notamment lieu à des cadeaux et des gratifications.

L’anneau nouvellement acquis se distingue des autres exemplaires connus par la finesse d’exécution des décors gravés présents sur chacune de ses faces : c’est le seul à porter tant une dédicace royale qu’un décor figuratif.
D’un côté, une inscription fait directement référence au roi Pepel, sans qu’il soit possible de déterminer s’il s’agit de Fubara Pepel (1754-1792) ou de son frère Opubo (roi de 1792 à1828), tous deux descendants de Perekule I Pepel, conquérant Nouveau Calabar au début du 18e siècle.
Pepel est notamment vendeur d’êtres humains pour le navire nantais la Bonne Mère lors de ses deux expéditions de 1802 et 1815. Le musée d’histoire de Nantes conserve dans ses collections les principaux documents d’importance liés à l’expédition de la Bonne Mère de 1815 : le journal de bord et le journal de traite dans lequel le roi Pepel est plusieurs fois mentionné, à travers la description d’un ensemble de présents qui lui sont faits. Parmi ceux-ci, des objets manufacturés aussi rares que luxueux (chapeau bordé en or avec plumet, grande glace, habits galonnés en argent, etc.), desquels l’anneau ici évoqué pourrait être rapproché. Les objets de présents sont indispensables aux différentes étapes qui vont de l’ouverture à la fermeture de la traite, ponctuent les transactions entre le capitaine et les dignitaires africains et scellent leur entente.

Sur la seconde face de l’anneau, un décor iconographique représente des animaux exotiques (serpent, éléphant, hyène ou félin, crocodile) dont le traitement évoque des gravures européennes de la même époque, notamment celles publiées dans L’Histoire naturelle, générale et particulière de Buffon, parue entre 1749 et 1804.
Au moment de son entrée dans les collections du musée, cet objet d’exception est ainsi compris comme étant vraisemblablement une production européenne, à destination d’un dynaste africain. Il serait porteur d’une dimension symbolique, relevant de l’hommage à un partenaire privilégié et fidèle, plutôt que commerciale.
Des échanges récents entre historiens français et africain ont permis de mettre à jour une nouvelle hypothèse. Cet objet pourrait être un sauf-conduit, objet de diplomatie caractéristique des souverainetés du Golfe de Guinée aux 17e et 18e siècles, prenant notamment la forme d’anneaux. Ces sauf-conduits étaient remis aux marchands étrangers afin d’assurer et de contrôler leur circulation sur le territoire. L’anneau serait, alors, une production africaine.
En faisant la synthèse de ces différentes recherches, une nouvelle compréhension de la réalisation de cet objet complexe peut être envisagée. Il aurait pu être conçu en deux temps : l’anneau serait bien de confection africaine, et simplement gravé d’une couronne dans un premier temps, pour être offert par le roi Pepel comme laissez-passer à un dignitaire européen. Ce dernier aurait pu, de retour en France, faire inscrire sur l’objet la dédicace et les animaux évoquant tant son origine géographique que son contexte de production initial.
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Les collections en ligne : La traite atlantique et l’esclavage colonial
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